Les superviseurs TFP de Belgique avec Otto Kernberg

Qu'est-ce que la Psychothérapie Focalisée sur le Transfert ?

La psychothérapie focalisée sur le transfert (TFP) est une psychothérapie individuelle ambulatoire intensive et à long terme, à raison de deux séances par semaine, appliquée aux problèmes borderline et, sur indication, à d'autres troubles de la personnalité.
La TFP vise à rapprocher les perceptions extrêmes du "bon" et du "mauvais", afin de rendre la vie plus supportable et plus compréhensible. La TFP se concentre sur le "transfert", c'est-à-dire sur tout ce qu'une personne attribue à une autre lors d'un contact, comme les pensées, les sentiments et les intentions. La façon dont le patient se perçoit et perçoit l'autre, ainsi que les sentiments qui l'accompagnent, sont essentiels. Selon la théorie psychanalytique des relations d'objet, ces "dyades" alternées - composées d'une image de soi, d'une image de l'autre et du sentiment qui les relie - forment les éléments constitutifs de notre monde intérieur. Combinées à des facteurs génétiques, elles se développent dès la naissance au contact des donneurs de soins et déterminent le regard que nous portons sur le monde. La TFP examine la relation que le patient entretient avec le thérapeute, car c'est là qu'interviennent les mêmes schémas, peurs, idées biaisées et désirs que ceux dont le patient fait l'expérience dans d'autres contacts. En thérapie, l'image peut être arrêtée pour explorer cela ensemble. En séance, ces problèmes peuvent être vécus, examinés et discutés - sans conséquences négatives. L'objectif est que le patient finisse par se faire une idée plus complète de ses propres caractéristiques et qu'il évalue celles des autres de manière plus réaliste, de sorte que ses attentes et ses limites deviennent plus faciles à gérer.
La TFP est un traitement "moi et vous", un traitement relationnel dans lequel le psychothérapeute s'engage à "regarder" avec le patient comment il se perçoit et comment il perçoit les gens qui l'entourent. La TFP se concentre principalement sur des changements durables dans la manière dont les gens se perçoivent eux-mêmes et perçoivent les autres.
La recherche montre qu'après la TFP les personnes sont moins (auto)destructrices et désespérées, et se sentent plus sûres et plus à l'aise dans leurs relations avec les autres. Leur capacité à se penser et à penser les autres augmente et leurs conflits diminuent. Le travail, les relations amoureuses et familiales s'améliorent.
La TFP vise des changements durables dans la structure intérieure et la réduction des symptômes.



Efficace au niveau des symptômes

Entre-temps, l'efficacité de la TFP a été étudiée chez des patients borderline (DSM-IV) dans le cadre de deux essais internationaux indépendants randomisés et contrôlés. Il s'est avéré que la TFP produisait des résultats significativement meilleurs que les conditions de comparaison (Clarkin et al 2007 ; et Doering et al 2010). Dans le premier, le traitement a été comparé à la DBT et à une thérapie psychodynamique de soutien. Ces deux thérapies se sont également révélées efficaces, mais sur un nombre de symptômes nettement inférieur à celui de la TFP. Dans l'étude de Doering, la TFP a été comparée à un traitement dispensé par des experts des problématiques borderline. Dans la condition de comparaison, le taux d'abandon s'est avéré beaucoup plus élevé qu'avec la TFP. En outre, il a été constaté que la TFP contribuait à une amélioration significativement plus importante des symptômes borderline, du fonctionnement psychosocial et de l'organisation de la personnalité, et qu'elle entraînait moins de suicides et moins d'admissions en psychiatrie que la condition de contrôle. Sur la base de ces deux études, on peut conclure que la TFP est un traitement efficace.  La TFP a également été comparée à la thérapie des schémas (SFT) dans le cadre d'un essai contrôlé randomisé (Giessen-Bloo, et al. 2006). Les deux méthodes se sont avérées efficaces avec des effets importants (pour les traits borderline : SFT 2,96 ; TFP 1,85). La thérapie des schémas a donné de meilleurs résultats dans cette étude. Cette différence était principalement liée à la différence d'abandon et il s'agissait également d'un essai contrôlé randomisé "biaisé" : les patients dans la condition TFP étaient plus autodestructeurs au départ et donc dans une condition plus sévère. Il y a donc lieu de considérer les résultats de cette étude avec une certaine réserve (voir également Yeomans, 2007).




Travailler au niveau structurel: la personnalité

Il est important de noter que le suivi des deux premières études mentionnées ci-dessus (Levy et al 2006 ; Buchheim, en cours d'impression ; Fischer-Kern et al , 2015) a montré que la TFP n'était pas seulement efficace au niveau des symptômes, mais qu'elle entraînait également un changement plus structurel - c'est-à-dire dans la structure interne du patient - vers un attachement plus sûr.

Les patients dans la condition TFP ont commencé à mieux réfléchir et mentaliser, et ont acquis une meilleure compréhension d'eux-mêmes et des autres. Cela n'a pas été le cas dans les conditions de comparaison. Ce résultat est donc très important, car ces changements structurels permettent aux personnes de mieux s'adapter durablement à elles-mêmes et aux autres, d'entrer moins en conflit et de mieux tolérer les sentiments. Grâce à ces résultats favorables, le programme TFP est encore unique en son genre.